Découvrez la Rand’orientale, un concept innovant !

Publié le 01/07/2019

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Soraya SHANTI, instigatrice et organisatrice nous informe sur cet évènement original. Danseuse, professeure de danse orientale mais aussi doctorante sur les danses maghrebo-orientales en France, elle nous renseigne sur son parcours et son bagage culturel à la fois atypique et passionnant.

1/ Ce concept de Rand'orientale est totalement unique, comment vous est venue cette idée et pour quels objectifs?

Cette idée trouve son origine dans ma passion pour la nature, la randonnée et la danse en extérieur. Mais aussi de l’envie de créer des ponts entre les cultures. J’expérimente régulièrement des sessions danse en plein air avec pour seules sonorités celles issues de la nature. Mes séances photographiques s’articulent toujours ainsi d’ailleurs. Ne me considérant pas comme modèle mais comme danseuse, cela m’aide à accepter de lâcher prise le temps de la photographie. Être isolé.e.s au milieu de la nature permet à l’esprit de s’échapper, de dépasser sa zone de confort. On sort du cadre d’une salle de danse, du miroir. Pas de jugement, on ne se voit plus et on se sait ailleurs. Une combinaison idéale pouvant nous amener à vraiment se recentrer sur soi et sur son ressenti gestuel.
Rand’orientale, c’est aussi un événement associatif, je tiens à insister là-dessus. Avec l’équipe de notre structure, nous avons fait le choix que cette journée soit accessible au plus grand nombre et soit un temps où les passionné.e.s peuvent aussi apprendre tout en partageant un moment convivial. Etant doctorante en sociologie sur les danses maghrebo-orientales, le partage et l’accès à un savoir scientifique fiable compte à mes yeux. Nous avons donc créé le Centre Artistique et de Recherches des Arts Maghrebo-Orientaux (association organisatrice de cet événement) dans cette perspective. Nous travaillons actuellement sur la façon de partager ce savoir auprès des danseurs et danseuses ou plus largement (musiques, arts visuels, littérature…). Un projet de cycle de conférence se profile pour 2020. Ce n’est pas parce-que nous sommes pratiquant.e.s de cette discipline que nous ne véhiculons pas parfois des informations erronées ou des stéréotypes. D’autant que la façon dont ces danses ont été introduites en France a quelque peu figé des imaginaires autour des danses et de la façon dont elles sont mises en scène. Il en est de même pour d’autres domaines artistiques, mais nous nous concentrons actuellement principalement sur les danses et musiques orientales.

2/ Quel est le programme détaillé des activités de cette année ?

La journée commence par de la marche au milieu de la vallée de Munster en Alsace. Un endroit vallonné, vert et ressourçant par son calme. Un lieu nous attend ensuite pour débuter un atelier de danse en plein air, le sol n’étant évidemment pas celui d’une salle de danse, l’extérieur nous permet un retour vers une danse épurée, simple et spontanée. Pas de tours, d’arabesques ou de déplacements. On revient vers une danse mobilisant principalement les gestuelles caractérisant la Danse Orientale.
L’an passé le thème était la danse en ancrage, nous le poursuivrons cette année en y associant un focus sur les gestuelles de bras qui constituent aujourd’hui la source de ma danse.
Un temps de « bibliothèque ouverte » sera organisé avec une mise à disposition de lectures universitaires touchants au domaine des musiques et danses de Maghreb et du Moyen-Orient.
Ce moment sera suivi d’un temps d’échange entre les participant.e.s pour confronter nos réflexions et nos points de vue.
La soirée se terminera par un repas festif durant lequel la danse de façon populaire retrouvera tout son sens. Spontanéité et simplicité sont les maîtres mots de cette journée de rencontre.

3/ Vous êtes doctorante sur les danses maghrebo-orientales en France, dans quelle mesure associez-vous ce bagage culturel à votre enseignement de la danse orientale ?

Mes recherches en sociologie influencent grandement ma danse, dans la mesure où je cherche continuellement à questionner et poser un regard critique sur les pratiques que j’observe et donc aussi indirectement sur la mienne. Faire de la recherche m’a donc amenée très vite à savoir me situer et comprendre des choses qui pouvaient me déranger. Notamment la construction de discours parfois discréditants à l’égard de cette discipline et de ses pratiquant.e.s. Depuis 2016, j’organise régulièrement une conférence intitulée « Imaginaires et Danse Orientale : quels outils pour se situer, comprendre et déconstruire les assignations stigmatisantes ? ».
Aujourd’hui, j’observe avec le recul la grande différence entre ce que je produisais il y a 5 ans et maintenant. Je dirai que j’ai renoué avec ma volonté de ne pas transiger sur l’importance du sens que nous donnons à la danse. Je puise dans mon histoire, mes expériences pour proposer des créations artistiques visant à questionner, dénoncer, réfléchir à diverses thématiques qui me touchent.
Et si ma personnalité en danse a évolué, l’enseignante que je suis également. Je veille au développement personnel et à l’expressivité dansée. J’essaie d’aborder cette danse de façon objective et technique afin que toute personne indépendamment de son sexe ou de son genre puisse s’épanouir pleinement, que chacun.e avec son histoire puisse y trouver une façon de s’exprimer. Culturellement aussi car même pour les personnes ayant des origines maghrébines ou orientales, les danses maghrebo-orientale ne leur sont pas forcément familières.

4/ Qu'est-ce qui vous passionne tant dans la danse orientale ?

La rondeur de certaines gestuelles me passionne. Ce côté fluide, cette impression que tout semble couler de source. L’idée d’une danse tout en simplicité nécessitant pourtant une maitrise précise de son corps et de zones insoupçonnées avant que l’on cherche à apprendre ces danses. J’aime aussi la puissance qui peut émaner de certaines danses. La diversité d’énergies existant selon qu’on danse du traditionnel ou que l’on tende vers la musique classique, d’un pays à un autre. La complexité des sonorités et toute la subtilité qui se dégage des musiques maghrébines ou moyen-orientales. Travailler cela et pouvoir les partager avec divers publics reste toujours un challenge.
Ces danses sont surtout pour moi une force d’expression. Elles constituent la base de mon approche contemporaine aujourd’hui. C’est au travers d’elles que je construis aujourd’hui ma façon de m’exprimer et de danser dans ma première vraie création artistique « Insoumise.s » en co-réalisation avec l’artiste visuelle Julie-Anne Weber et le créateur lumières Jean-David Weber.

5/ Pouvez-vous nous retracer vos débuts, votre parcours et votre coup de foudre pour la danse orientale ?

Mes premières initiations aux danses tunisiennes et orientales se sont faites au sein de mon cercle familial. Issue d’un couple mixte franco-tunisien, mes parents ont toujours veillé à ce que mes deux cultures fassent pleinement partie de moi. C’est quelque chose qui est resté aujourd’hui. Je veille à développer des créations et une danse qui donne à voir ce fragile équilibre difficile à trouver lorsqu’on est binationale. On se sent souvent renvoyée d’une rive à l’autre de la Méditerranée.
Dès mes 4 ans, je restais plusieurs mois par an en Tunisie dans ma famille sans mes parents. Ma grand-mère n’était jamais allée à l’école, mes cousines à cet âge ne parlaient pas encore français et moi pas encore tunisien ! Il a fallu que j’apprenne comme ça. C’est grâce à ces premiers voyages que j’ai pu découvrir tout d’abord la langue tunisienne très mélodieuse. J’ai aussi eu la chance de faire partie d’une famille où la musique faisait rayonner nos journées. Enfant, j’ai surtout connu les danses traditionnelles de ma ville par ma grand-mère qui m’a initiée lors de mariages. Rien n’est inné, beaucoup pensent que les personnes d’origine maghrébine ou orientale savent naturellement danser mais ce n’est pas le cas. C’est au travers des fêtes, dès notre plus jeune âge, que nous apprenons. A la même période je découvrais les musiques orientales sur lesquelles (sans avoir jamais vu de films avec de la Danse Orientale) je me souviens danser avec des gestuelles ondulées des mains. Ayant un ressenti musical très visuel, je pense que j’essayais alors de donner vie par mes mains aux notes musicales invisibles. C’est quelque chose qui guide encore beaucoup mon travail de recherche gestuelle aujourd’hui. Adolescente, avec mes cousines nous faisions le ménage quotidien en dansant aux rythmes des musiques qui passaient sur les chaînes libanaises comme Rotana TV, Melody hits, etc… Voilà comment j’ai commencé à danser sans même avoir jamais su ce qu’était la Danse Orientale. Pour nous, nous dansions simplement à notre façon. De la même manière qu’on ne met pas de mots sur la façon de danser quand on sort en soirée en Europe.
C’est vers mes 18 ans que j’ai poussé pour la première fois la porte d’un cours de Danse Orientale. A la même époque où Shakira devenait de plus en plus populaire (beaucoup n’aiment pas qu’on en parle, mais j’appartiens de façon assumée à cette jeune génération à qui Shakira a donné l’envie d’en savoir un peu plus) et où mes voyages en Tunisie s’espaçaient suite aux décès de mes grands-parents et à une période douloureuse de questionnements sur mes origines. Ma grand-mère, celle qui m’avait tout transmis n’était plus là depuis plusieurs années, je perdais mon grand-père et mon unique tante. Qui allait me raconter mon histoire ? Ma culture ? Nous sommes une famille majoritairement féminine, les transmissions se faisaient essentiellement par nos mères. J’ai alors senti le besoin de retrouver en France quelque chose me rattachant aussi à mon deuxième pays et de me rapprocher de la danse qui était un moyen aussi de m’exprimer autrement que par les mots.
Aujourd’hui j’enseigne depuis 5 ans et j’ai pu développer et partager divers projets (stages, reportages, créations, collaborations…) à Strasbourg mais aussi en France ou l’étranger. Je me plais plutôt à développer mon univers et ma carrière plus ou moins hors des festivals de Danse Orientale car j’y trouve une plus grande liberté d’expression et j’aime pouvoir rencontrer des artistes appartenant à d’autres univers.

Crédits photo : Hyde - M.M. - Maïté Vergain - Sébastien North

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