Zoom sur… la Dabké
Merci à Ibtissem, danseuse orientale et professeure à Toulouse (France), pour ses explications pointues concernant la Dabké (aussi appelée Dabkeh/Dabke/Dabka) et le Khaligi.
Vous proposerez prochainement un stage de Dabké. De quoi s’agit-il ? Quelles sont les origines de cette danse et ses particularités ?
La Dabké est une danse traditionnelle en ligne du Moyen-Orient. En France, on l'identifie souvent comme originaire du Liban. Mais c'est une danse du Bilad El Cham qui se pratique donc également en Syrie, Palestine, Jordanie ainsi que dans une partie de l'Égypte. On la retrouve aussi en Turquie sous le nom Halay, et en Irak sous l’appellation Chobi.
Son origine n'est pas connue, il y a plusieurs pistes. L'hypothèse d'un rite de fertilité avec la terre me semble la plus cohérente. On oublie souvent que cette région est une terre de bédouins, et qu'ils ont contribué à l'enrichir culturellement par leurs déplacements.
Dans sa pratique festive, le déplacement s'effectue en cercle ouvert, de gauche à droite, en se tenant par la main ou les épaules. Une frappe de pied se fait sur le 6ème temps (mais il y a bien des disparités selon les styles). Le déplacement peut aussi être sagittal (avant/arrière). Le meneur/la meneuse tient dans sa main droite un chapelet, un foulard, un bâton, et pratique des variantes souvent acrobatiques. L'énergie change selon les morceaux musicaux et notamment s’ils sont chantés ou instrumentaux.
Dans la tradition, les instruments phares sont le mejwez ou l'arghoul, et le tabl pour la percussion. Le synthétiseur et la boîte à rythmes les remplacent souvent à présent.
Il existe des troupes de Dabké professionnelles avec des joueurs de tabl pour les mariages, ainsi que des compagnies de danse comme le célèbre ballet Caracalla au Liban. Les déplacements et les pas sont alors adaptés pour en faire des chorégraphies avec une appropriation complète de l'espace scénique.
Quelles sont les différences et similitudes entre la Dabké et la danse orientale traditionnelle ?
Je ne vois aucune similitude avec la danse orientale, le bassin n'est pas sollicité et il n'y a pas d'isolations. De plus, la Dabké est une danse de groupe avec frappes de pieds et jeux de jambes, alors que la danse orientale est une danse soliste. On retrouve toutefois dans la Dabké des pas et mouvements d'épaules proches du Saidi.
Une différence majeure notable également est la musicalité. En Dabké, le rythme est sur 4 temps mais les phrases musicales souvent sur 6 temps (cela dépend des styles encore une fois). En musique Sharqi, les phrases sont en général sur 8 temps, d’où une construction différente de la danse.
Néanmoins, de la même façon que les danseuses orientales égyptiennes introduisent un passage de folklore souvent Saidi (ou Nubien, Fellahi, Bambouti…) dans leur show, les danseuses orientales au Liban mettent en scène leur Dabké via la canne et des danses bédouines. Je pense aux grandes Rindala, Howaida El Hashem et bien sûr Nadia Gamal.
Quelle tenue de danse est à privilégier lorsqu’on exerce un Dabké ?
Il y a plusieurs possibilités, en voici mon interprétation :
-Si on introduit une Dabké au cours d'une prestation de danse orientale, on conserve alors son costume de danseuse orientale.
-Si l'on veut faire un tableau Dakbé, un legging, une tunique, un foulard autour de la taille et des chaussures (plates ou à talons) sont parfaits.
-Enfin, si on souhaite aller plus loin, les tenues traditionnelles syriennes et libanaises sont magnifiques, avec de longues coiffes, des robes brodées et chamarrées superposées à des sarouels.
Personnellement, j'aime beaucoup les robes palestiniennes avec des broderies semblables à celles du Sinaï. Elles sont moins clinquantes mais d'une grande beauté ! Mes profs de danse palestiniennes en portent avec des baskets, Dabké intense oblige !
En effet, la Dabké est une danse vivante et moderne, donc le jean baskets façon mode urbaine de Beyrouth, ou le treillis comme à Gaza peuvent aussi être utilisés.
Comme dans beaucoup de cas, cela dépend essentiellement du propos que l'on souhaite donner à sa danse, des paroles et de l'origine de la Dabké choisie.
Sur quel type de musique peut-on danser la Dabké ? Pouvez-vous nous donner quelques exemples de titres musicaux ?
Le domaine est large, il y a tellement de styles et de régions ! Mais l'industrie du disque actuelle met particulièrement en avant les productions libanaises.
Il y a les chansons connues par les danseuses, et celles connues par les habitants, et à moins d'une imprégnation culturelle, il est difficile d'être exhaustive.
On approche en général la Dabké par l'incontournable "Al ein moulayetin". En chansons dynamiques, "Dalouna" et "Jib el mejwez" de Sabah sont des valeurs sûres.
Mais on peut aussi découvrir la Dabké par l'univers des artistes. Les stars montantes de la Dabké au Liban sont Maher Jah et Hussein Al Deek. On peut aussi s'imprégner des générations précédentes avec Najwa Karam, Samira Tawfiq, Fares Karam… et même Fairouz.
Dans le style bédouin syrien, il y a les chansons d'Omar Suleyman et j'aime beaucoup Sarya al Sawas.
Vous avez dernièrement proposé un stage sur le thème du Khaligi, quelles sont également les origines, caractéristiques et particularités de ce style de danse orientale ?
Il est difficile de répondre aux questions sur le Khaligi (Khaleeji/Khaliji) de manière affirmée car il n'y a pas de transmission venant de ces pays, c’est une culture conservatrice et les femmes ne dansent pas en public. De la même façon, il n'y a pas d'enseignement de leur danse. Mais je vais vous donner mes éléments de réponse car c'est un sujet qui me passionne. Je les ai obtenus à partir d’échanges sur des forums entre passionnés, via des témoignages de musiciens qui ont travaillé pour des chanteurs Khaligi, et à partir d’écrits ethnomusicologues spécialisés.
Dans la région de la péninsule arabique, et plus précisément celle donnant sur le golfe persique : Arabie saoudite, Emirats Arabes Unis, Qatar, Bahreïn et Koweït (l'Irak n'en fait pas partie), le "Khaligi", ou "Adani" désigne la musique commerciale et populaire.
Un peu d'histoire permet de mieux comprendre. C'est initialement une terre de bédouins avec des commerces dans les grandes villes, des pêcheurs de perles au bord de l'océan qui échangeaient avec l'Inde et pratiquaient l’esclavage. Je vois donc la danse Khaligi comme un syncrétisme de ces 3 cultures associant des mouvements subtils de la tête et des mains caractéristiques d’Iran et d’Inde, un déplacement très ancré, un relâché de buste et de tête africain, et des petits accents de poitrine et de bassin orientaux. On trouve également des vibrations de mains et d'épaules.
La danse Khaligi est très proche du bandari, la danse du sud de l'Iran, qui se pratique juste de l'autre côté du Golfe Persique, où les habitants sont issus du même brassage culturel. Et enfin, il y a l'apport du samri, avec les jeux de cette robe très large dotée de manches longues et amples qui devient un véritable accessoire de danse. Le samri est une tradition bédouine, tantôt vu comme le tarab local, ou le zar, selon le déroulement des soirées qui lui sont consacrées.
Les chansons d'Hussein Al Jasmi, Rachid Al Majid et du Miami Band sont des incontournables du Khaligi moderne mais il y a des dizaines d'artistes à découvrir…
Quel est votre parcours de danseuse orientale puis de professeure ?
J'ai appris la danse orientale lorsque j'étais étudiante à Toulouse. J'étais élève des figures locales de l'époque à savoir Nadia Touhami, Djamila Hanan, Caroline Achouri et Jasmine Abbad. Je crois que j'étais l'élève la plus catastrophique qu'il soit, je ne comprenais pas mon corps et c'était très laborieux. Mais cela m'a servi bien plus tard quand je suis passée à l'enseignement. J'ai des ressources illimitées en patience car je sais qu'il faut du temps pour se connaître et apprivoiser son corps.
J'étais alors très scolaire et complexée jusqu’au jour où une immersion en Égypte a balayé bien des peurs. La chaleur, les encouragements et la gentillesse de l'assistance lors d'une mini intervention en "civil" dans un cabaret clandestin m'ont fait comprendre que le plus important était de vivre sa danse, pas de faire des mouvements parfaits dans un ordre préétabli.
J'ai alors commencé à danser en restaurant ainsi que pour des animations locales, et enfin à enseigner la danse orientale. Cela fait 15 ans maintenant… Mais je continue sans cesse de me former et dans ce domaine, Nesma Al Andalus est ma référence. Elle apprend aux danseuses orientales à oser être elles-mêmes, elle transmet des trésors d'informations aux professeurs de danse orientale pour nourrir leur pédagogie et bien sûr, elle a une connaissance profonde du patrimoine égyptien. Le tout avec une grande gentillesse et beaucoup d’humilité !
En parallèle, je collabore avec de nombreux musiciens orientaux car la musique est ma clé pour enseigner et chorégraphier. J'ai ainsi écrit plusieurs spectacles avec orchestre et mes élèves dansent depuis plusieurs années sur de la musique live lors des galas de fin d'année.
Enfin, j'ai la joie depuis 4 ans d'avoir monté la Compagnie Farah regroupant 10 danseuses orientales investies et passionnantes. On y explore les musiques et les danses du monde arabe sous toutes leurs formes. La période de confinement liée au Covid nous a soudées et permis d’imaginer puis de mettre en scène un spectacle d'une heure sur le thème du Petit Chaperon Rouge. Une nouvelle création est aussi en cours pour 2023/2024.
Lorsque vous enseignez la danse orientale, quels types de vêtements pour les cours préférez-vous porter ? Quelle est votre tenue « coup de cœur » au sein de notre boutique ?
Lorsque je donne des cours de danse orientale, j’aime porter une tenue près du corps type legging et débardeur (ou brassière de sport) sur lequel je superpose un haut avec manches. Je privilégie des éléments colorés sur le bassin et la poitrine pour que les élèves visualisent mieux les dissociations.
A titre d’exemple, j’apprécie particulièrement ce cache-cœur de danse jaune. J’ai aussi un gros coup de foudre pour cette tenue d’entraînement de danse métallisée rayée mais que j’utiliserais davantage pour la scène avec une ceinture noire ou argentée pour une chorégraphie Saidi ou un Baladi moderne.
Vibrez pour l’intensité de la Dabké présentée dans cette vidéo de démonstration :
Découvrez Ibtissem en vidéo :

























Laissez un commentaire
Connectez-vous pour poster des commentaires